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Le numérique, une chance pour renouveler le dialogue et la participation

30/05/2014

Reposer la question de la citoyenneté dans le territoire numérique, de l'e-administration aux nouvelles formes de participation et de mobilisation. Texte publié dans la Gazette des communes le 12 mai 2013.

 

Nouvelles technologies et pratiques dites “2.0” se développent depuis plus d’une décennie mais semblent pour le moment réduites aux pratiques d’e-administration, peu aux questions de e-démocratie. Ces outils, de surcroît, semblent peu satisfaire les usagers. Une étude de Cap Gemini révélaient en 2013 un indice de satisfaction de seulement 6.5/10 pour les services d’e-administration, contre 7.6 pour le e-commerce, 8.5 pour les banques en ligne. Ces outils sont le plus souvent conçus du point de vue de la complexité administrative plutôt que du point de vue de l’utilisateur et des possibilités offertes par les nouvelles technologies. 

 

Considérer le numérique comme un levier de changement

 

À défaut de rapprocher les citoyens de leur administration, les outils d’e-administration permettent-ils une plus grande efficacité du service public ? Fleur Pellerin, ex-ministre déléguée en charge de ces questions, associe ces systèmes aux pratiques de modernisation de l’action publique, considérant que “l'État peut réaliser d'importantes économies grâce au numérique.” Aucune réelle estimation ni objectif ne sont fixés. Comme dans toute organisation complexe, la puissance publique estime ces dynamiques numériques comme des solutions, des facilitations, rarement comme de véritables leviers de changement. L’échec du développement de l’Opérateur national de paye des agents publics (ONP) est à ce titre symptomatique. L’Etat a investi depuis 2007 plusieurs centaines de millions d’euros dans un système qui ne verra pas le jour. Plutôt que de remettre à plat les méthodes, ses concepteurs avaient choisi de reproduire la complexité administrative en “intégrant toutes les spécificités qu’il irrigue.” Nicolas Colin, inspecteur des finances, co-auteur en 2013 du rapport Collin-Colin sur la fiscalité numérique, écrivait sur son blog qu’il “n’y a pas d’innovation numérique dans une grande organisation si cette organisation n’a pas décidé que le numérique était son cœur de métier, [...] sans une alliance avec les utilisateurs.”

 

Tout le champ politique et de la citoyenneté est concerné par ce manque de culture numérique. L’observatoire numérique des campagnes municipales lancé par le Think tank Renaissance numérique, conforte cette hypothèse : “Si 60% des programmes énoncent une question du numérique, la compréhension des outils reste faible.” Les personnels politiques les réduisent à la mise en place d’infrastructures haut débit ou au développement de formulaires, ne pensent pas le numérique pour le développement d’une nouvelle forme de citoyenneté. Pourtant les outils existent, blogs de quartiers, cartographies coproduites, solutions d’échange et de préfiguration de projets urbains, outils permettant aux habitants d’informer la collectivité - en temps réel - de dysfonctionnements. Plus largement, tous les outils reposant sur l’open data permettraient d’animer une nouvelle forme de démocratie. La technique et l’imagination permettent des solutions capables de répondre aux besoins des citoyens : un service public plus proche, plus transparent, plus efficace, des liens sans cesse renouvelés et moins engageants que la participation à des réunions publiques de concertation. 

 

Intégrer la culture numérique dans les organisations

 

Ces initiatives favorisent une nouvelle intelligence territoriale par l’interaction plus fine entre les habitants et leur territoire – nous ne connaissons cependant pas la solution qui ferait standard. C’est dans l’intégration d’une culture numérique moins hiérarchisée au sein des organisations, laissant place à des pratiques d’animation du territoire plutôt qu’à des pratiques de “guichet” que les politiques auront l’opportunité de renouer le contact. Les outils de crowdsourcing sont à ce titre symptomatiques d’une non intégration systémique du numérique. Quand on informe sur une application de l’absence d’éclairage dans une rue, combien de ces contributions voient un réel suivi ? Quels mobinautes sont contactés pour devenir de véritables relais ? Aucun monitoring sérieux n’est effectué. Au-delà de la gadgétisation de telles solutions, le principal problème reste certainement un profond désir de contrôle. L’entre-deux ne fait plus illusion face à des internautes qui choisiront in fine des outils animés par d’autres acteurs que la puissance publique.

 

Fleur Pellerin a beau jeu d’appeler à plus de confiance des utilisateurs envers ces outils, mais la puissance publique a-t-elle confiance en une forme renouvelée de démocratie ? Souhaite-t-elle à ce point se réformer ? L’histoire de l’informatique révèle que pour chaque secteur, les acteurs les plus puissants sont les nouveaux entrants, ceux qui ont pensé leur organisation fonction du fonctionnement propre des TIC. L’administration se vit sans concurrence et sans impérieux besoin d’être plus rentable et compétitive. Le changement n’étant pas une urgence ni une condition de survie, personne ne souhaite imaginer une remise en cause conséquente. L’abstention aux élections municipales semble encore trop faible pour changer nos façons de produire du politique. Ainsi de tous les freins à la e-démocratie, le premier est culturel. 

DATACT @datact

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